De l'Oxygène pour les pères en difficulté

Depuis près de 30 ans, la Maison Oxygène est le seul organisme à Montréal à offrir une possibilité d'hébergement père-enfant. Rencontre avec deux intervenants.

La première chose qui frappe, c'est la beauté et le cachet du lieu. Oui, la Maison Oxygène est un endroit idéal pour accueillir des pères en difficulté qui cherchent un logement pour eux et leurs enfants, histoire de prendre un nouveau départ, souvent après une rupture. « C'est le cas de 80% d'entre eux », explique Amélie Trublard, intervenante sociale. « Ils ont souvent peu de réseau et sont en difficultés financières. Il peut aussi y avoir des problèmes de consommation passée ou actuelle. »

« Ce sont en majorité des pères qui n'ont pas de diplôme, qui bénéficient de l'aide sociale ou qui n'ont pas de vie professionnelle stable », ajoute son confrère Quentin Lebreton. « Il y a également de l'itinérance cachée (c'est à dire que ces pères n'étaient pas dans la rue, mais dormaient chez des copains, des parents, ce qui entraîne une vraie instabilité résidentielle). »

Toutefois, pour un tiers des demandeurs, la situation est différente. « Ils sont là pour un petit coup de pouce, car ils ont un emploi stable, sont articulés, mais ils ont plus besoin d'aide juste après une séparation suite à laquelle ils se retrouvent sans logement... » On est donc loin de l'image du foyer rempli d'homme violents ou alcooliques que peut parfois traîner la Maison.

 

Restaurer la confiance

Quelle que soit la situation, le but est le même : dans un premier temps, loger ces papas en difficulté. Des hommes qui ont souvent épuisé toutes les solutions avant de faire appel à la Maison Oxygène, parfois par orgueil. « La demande principale des pères, c'est d'avoir un hébergement, car une fois ce stress de ne pas avoir de toit au-dessus de la tête passé, cela permet de travailler sur d'autres problématiques parallèles », indique Quentin. « Quand un père rencontre des galères financières, il y a l'image du « bon à rien » qui peut ressortir. Dès lors, ils vont tenter de régler leurs problèmes eux-mêmes. Et c'est quand ils sont au fond du trou qu'ils viennent vers nous. Donc, ce sont parfois des gars en situation de crise avancée qui se présentent à nous. Certains arrivent totalement démolis... » C'est alors parti pour un séjour de trois mois entre les murs de cette résidence au personnel réconfortant.

La deuxième étape consiste à les aider à retisser, raffermir ou conserver le lien avec le ou les enfants. Comment ? « Simplement » en leur permettant de voir leurs petits. Une situation qui n'est pas si aisée que cela et qui joue beaucoup sur le moral des résidents. D'où le suivi administratif qui peut être offert par l'équipe pour leur permettre de récupérer un droit de visite le plus rapidement possible quand cela est nécessaire. « Ils ont vécu des périodes de crise qui les ont affectés et quand on remet rapidement en place des visites, cela fait toute la différence », confirment nos interlocuteurs.

Au-delà des visites, le travail du lien va passer par les activités, mais également la mise en relation avec d'autres enfants de la maison. « On va mettre en avant les compétences parentales plus que ce qui ne marche pas », précise Amélie. « Ils se sont parfois faits taper sur les doigts, par l'ex-conjointe, la DPJ (le Directeur de la Protection de la Jeunesse, ndlr), etc. On va donc faire en sorte de revaloriser la confiance, en passant par le renforcement positif. On va tout de même travailler sur ce qui peut être amélioré, mais dans une optique positive, pour améliorer la qualité des rapports mais également pour démontrer au juge, à la DPJ ou à l'ex qu'ils peuvent être de bons pères. » Cette méthode va également permettre à certains de redécouvrir certaines facettes de leur rôle de papa qu'ils avaient oubliées jusque-là.

 

 

photo MO 

 

Donnant-donnant

Les intervenants de la Maison vont également tenter de (re)créer un réseau autour des pères, en leur proposant des ateliers, ou encore des rencontres avec d'anciens ou actuels résidents lors de soupers mensuels. Mais également en les poussant à effectuer eux-mêmes les démarches pour tenter de retrouver une habitation, apprendre à mieux gérer leur budget etc. « C'est très clair avec le père au moment de notre rencontre », déclare-t-on du côté de l'équipe. « On fait une entrevue pour voir qui est le papa, comment on peut l'aider etc. On explique que ce n'est pas une maison de repos : les gens viennent pour travailler sur leur situation, être proactifs. On les aide dans leur recherche de logement en activant notre réseau, mais sans rien faire à leur place. » Un intervenant est donc chargé de suivre son « protégé » sur une base hebdomadaire, tant dans sa recherche de logement, d'emploi, de formation, que de sa gestion du budget. Tenter de garder la personne abstinente est aussi l'un des défis auxquels Quentin, Amélie et leurs collègues sont confrontés.

Ces derniers travaillent d'ailleurs eu aussi en réseau avec différents services, de la Protection de la jeunesse au Carrefour familial d'Hochelaga-Maisonneuve (qui organise des activités qui vont permettre aux duo père-enfant de prospérer),ou encore le Centre local de services communautaires et la Fondation du Docteur Julien, afin notamment d'offrir un soutien psychologique ou parfois de régler un souci plus propre à l'enfant, qui aura été décelé par un membre de l'équipe d'intervenants de la Maison Oxygène.

Tout ne sera sans doute pas réglé à l'issue de ces trois mois sous les lambris de ce beau bâtiment. Mais ce séjour, aussi court soit-il, a souvent un impact déterminant dans la vie de ces papas meurtris. En témoignent le nombre d'entre eux qui ne manquent pas de revenir partager l'un des soupers organisés par l'institution chaque mois...

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Crédit photo : Mélanie Dusseault photographe / LTQHM